Du 21 au 25 août, Raymond a réalisé son deuxième Paris Brest Paris, une cyclosportive de 1230 km. Parcours (mythique, bien sûr) réalisé
en 84heures.
Il nous fait un récit merveilleux de son périple, volonté et méthode sont vraiment ses points forts.
Hormis le fameux gâteau
Paris-Brest, sur lequel on reviendra tout à l’heure, Paris-Brest-Paris cela ne vous évoque peut-être rien, …mais cela fait rêver les cyclotouristes du monde entier !
En effet cette épreuve mythique (encore !) organisée tous les 4 ans par l’Audax Club Parisien attire les randonneurs de tous
les horizons. La dix-septième édition, 2011 n’échappe pas à la règle, avec 5000 participants mais seulement 2200 français et donc 2800 étrangers d’une cinquantaine de nationalité, venus des cinq
continents.
Mais pour avoir le droit de se présenter sur la ligne de départ, tous ces concurrents ont dû franchir au préalable le parcours du
combattant des qualifications. Cela consiste à réaliser durant le printemps une série de quatre brevets, à savoir 200 km, 300 km, 400 km et 600 km dans un délai donné, le brevet de 600 devant
être réalisé par exemple en moins de 40 heures. Cette série de brevets a pour objet de tester les capacités physiques et mentales des prétendants ainsi que leur aptitude à rouler de
nuit.
Dimanche 21 août, jour J à St-Quentin en Yvelines.
Le quartier du gymnase des Droits de l'Homme est en ce jour ensoleillé un vaste
rassemblement de cyclistes de toutes nationalités mais également de montures hétéroclites et multicolores. En effet, si la grande majorité effectue cette randonnée avec un vélo classique, un
nombre, non négligeable, prend la route avec un vélo dit "vélo spécial". Tandem, vélo couché, tricycle, vélo couché caréné, tandem en vélo couché et même un tandem en vélo couché dos à dos. Il y
en a pour tous les goûts.
La plus grande partie des randonneurs prend le départ de cette épreuve avec l'objectif de terminer en moins de 90 heures, durée
limite pour homologuer son brevet.
Il faut tout d’abord passer les derniers contrôles des équipements de
sécurité, à savoir l’éclairage et le baudrier obligatoires de nuit. Notons ici que vu les nombreuses heures de nuit prévues sur la route, un éclairage de qualité est indispensable pour rouler
dans de bonnes conditions. Enfin, c’est le départ tant attendu, à 20h précises.
La première partie, à la tombée du jour, est assez spectaculaire : un long serpent lumineux rouge quasi continu dans la
campagne des Yvelines et de l’Eure-et-Loir ainsi que de nombreux spectateurs dans les villages, sans doute un peu impressionnés par ce qui attend les cyclistes et étonnés de les voir partir pour
une nuit blanche.
Après 140 km, premier ravitaillement à Mortagne-au-Perche, puis la traversée des Alpes mancelles du côté de Mamers. Dès lors un contrôle avec ravitaillement est prévu environ tous les 80 kilomètres, à Villaine-la-Juhel puis à Fougères avec passage dans les
départements de l’Orne, de la Sarthe et de la Mayenne. Nous voilà déjà entrant en Bretagne pour un pointage à Tinténiac en Ille-et-Villaine et enfin Loudéac dans les Côtes d’Armor. Cette ville
située au kilomètre 450 est atteinte à 19 heures, après 23h de selle quasiment non-stop hors pointages et repas.
Profitons de la rubrique alimentation pour dire que les ravitaillements sont nombreux et copieux. Il est possible de prendre un
vrai repas préparé dans les cantines scolaires et servi par des bénévoles à chaque contrôle. Merci à eux. A toutes ces villes étapes il est possible de prendre une douche et de dormir,
généralement dans un gymnase sur un lit de fortune de type lit de camp ou tapis de sol.
Après un arrêt de 7h dont 4 heures de sommeil, (comme en 2007 j’ai opté pour une
chambre d’hôte, où nous étions 12 cyclos, cela allonge un peu le parcours et la durée de l’arrêt) c’est reparti à 3h du matin pour 350 km. Départ pour le Finistère, Carhaix (célèbre pour son
festival des vieilles charrues, festival de musique accueillant des artistes de divers horizons) puis les monts d'Arrée avec un épais brouillard dans la montée vers le roc Trévézel et enfin
l’arrivée à Brest. Cette étape est sans doute la plus difficile d'un point de vue relief, massif armoricain oblige, mais la perspective d'atteindre Brest donne une motivation supplémentaire. Cette arrivée au bout de la Bretagne, est une première grosse satisfaction.
Le panneau BREST, le franchissement du pont sur la rade, les voiliers : la moitié du chemin est faite ! Avec ce demi parcours effectué, je m’offre un demi !
Mais ce n’est pas le moment de s’endormir sur ses lauriers. Petite pause casse-croûte et retour immédiat vers Loudéac, kilomètre
800 vers 20h. Nouvelle pause avec 2h et demi de sommeil (au même endroit qu’à l’aller) et troisième départ dès 1h du matin. Retour par le même itinéraire jusqu’à Mortagne puis direction Dreux,
ville atteinte à 2 h du matin (j’avais un moment envisagé de finir directement mais ce n’était plus raisonnable). Une petite sieste s’impose alors. Ce dernier repos porte le total des heures de
sommeil à 8 heures en quatre nuits.
Dernier départ vers 5h, peu avant le lever du jour pour les 70 derniers kilomètres. La proximité de St-Quentin et de la ligne
d’arrivée redonne un coup de tonus pour finalement boucler le parcours à 8h07 jeudi 25 août, soit 84 heures après le départ.
Quelques chiffres encore : 5000 au départ, 3980 à l’arrivée. J’ai fait 1260 km (petit détour pour aller dormir), avec un
dénivelé (positif) de plus de 11000m en roulant effectivement 57 heures soit un peu plus de 22km/h de moyenne avec 6 à 7 kg de surcharge (avec les
gourdes pleines cela fait plus que le poids du vélo) . Cette distance représente l’équivalent des quatre files de rails de Tours à Bordeaux (il faut bien penser un peu au
boulot).
Paris-Brest-Paris c’est 1250 kilomètres d’espoir, de solitude quelquefois, mais aussi de solidarité. Il faut parfois
vaincre la lassitude, voire la souffrance, mais que d’émotions pour finir !
Paris-Brest-Paris c’est un défi personnel, il faut appréhender de nombreux paramètres, la préparation physique et du matériel,
gérer l’alimentation, l’habillement en s’adaptant aux conditions météo, gérer l’allure et les pauses afin de respecter les heures limites de pointage à chaque contrôle. Jouer la régularité, se fixer un tableau de marche avec un objectif réaliste et un mental à la hauteur sont les
ingrédients du succès.
Au fait, revenons au Paris-Brest, la fameuse pâtisserie, en forme de couronne, composée d'une pâte à choux
fourrée d'une crème mousseline pralinée, garnie
d'amandes effilées. C'est un pâtissier de Maisons-Laffitte, inspiré par la course cycliste Paris-Brest-Paris
créée en 1891, qui fut en 1910 à l'origine du gâteau en forme de roue de bicyclette.
Alors bon appétit !
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